D’abord peintre du paysage, le paysagiste artiste donne à voir une scène réelle ou sublimée des paysages qu’il peint. Les éléments narratifs ou allégoriques employés par le peintre se mettent au service de la composition spatiale du tableau. Il raconte l’histoire de ce qu’il voit et interroge ce qu’il veut montrer. Il y exprime l’ambiance et l’atmosphère d’un lieu et transmet l’émotion d’un espace vécu par le vivant.
Tout à fait précurseur au métier de concepteur, le peintre paysagiste propose un regard esthétique sur la représentation du pays par l’art pictural : in-situ, l’attention du paysagiste et in-visu, le regard du peintre.
Ensuite, les premiers grands jardiniers ont commencé à dessiner les parcs et jardins missionnés pour des commandes royales. Au 17ème siècle, André le Nôtre dessine les jardins de Versailles et donne ainsi naissance au style des jardins à la française. Dès lors, le jardin sera perçu comme une mise en scène d’un rapport de domination de l’Homme sur la Nature jouant des perspectives pour tromper l’œil et montrer les constituants fondamentaux du paysage : le rapport Ciel | Terre. Ces jardins connaissent une renommée mondiale et s’exportent à l’étranger ; ils s’ajusteront ensuite à chaque lieu, engendrant l’apparition de nombreux paysagistes encore qualifiés de jardiniers.
Durant de nombreux siècles, les non-nommés paysagistes s’exercent à la conception de parcs et de jardins. Ce n’est qu’après l’endommagement des villes par les guerres, que le métier prend un tournant plus large.
En effet, la construction de ville-nouvelles se basera sur la nécessité de créer des logements afin d’agrandir les villes en plein essor d’industrialisation.
C’est dans ce contexte que les pères de la profession telle que nous la connaissons de nos jours, théoriserons le métier tout en l’inventant par la pratique et y apporteront un renouveau. Pour ne citer qu’eux, Jacques Simon et Michel Corajoud aborderont la question de la ville non plus comme un objet figé mais bien comme une chimère vivante en constante évolution.
En 1976, suite à la fermeture soudaine de l’École d’Horticulture de Versailles située au Potager du Roi Louis XIV, Simon, Corajoud (Michel et Claire), Dauvergne et d’autres constituent ensemble le programme destiné à enseigner le paysage à L’Ecole Nationale Supérieure de Paysage de Versailles. La profession sera alors reconnue par l’Etat sans pour autant faire l’objet d’une protection juridique.
Ce n’est qu’en 2000 que le terme “Paysage” est défini publiquement par la Convention Européenne du Paysage de Florence régissant ainsi les règles du métier et officialisant son utilité publique. « Paysage désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations. » (Convention de Florence).
“Le paysage en tant que composante essentielle du cadre de vie des populations, expression de la diversité de leur patrimoine commun culturel et naturel, et fondement de leur identité” (Journal officiel, 22/12/2006, Chap 2, Art.5).
Depuis le début du 21ème siècle, tout s’accélère. “Nous avons éradiqué en quelques millénaires les 2/3 des arbres sur la surface terrestre. En quelques décennies, nous avons éradiqué les 2/3 des mammifères terrestres. Nous avons éradiqué en quelques années les 2/3 de nos insectes” (A. Barrau, conférence à CentraleSupelec – 2022).
Pourtant, la prise de conscience de la finitude écologique de la Terre, qui donne lieu à l’émergence de la notion de développement durable en ces termes : « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs », date des années 70.
Face à ces constats scientifiques, couplés à une pandémie mondiale, une remise en question de nos façons d’habiter le monde s’impose. Dans ce contexte, les nouvelles générations de paysagistes se confrontent à l’incertitude, variable avec laquelle ils doivent désormais composer pour proposer des solutions résilientes en accord avec les lois de la nature dont l’espèce humaine fait partie intégrante.
En réponse à la transition sociale et environnementale, le rôle du paysagiste est de permettre l’assimilation des changements systémiques par l’espace habité du quotidien et pour les habitants. Sa présence est indispensable pour ouvrir les portes à l’enchantement de la transition.